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Commémorer pour mieux s’exprimer à l’oral

Article proposé par Jean-Pascal Février, Camille Saint-Jacques et Frédéric Wojtyczka,
lycée Claude Garamont, Colombes (92)

Un projet interdisciplinaire de commémoration de la Grande Guerre au Lycée Claude Garamont de Colombes avec une classe de Terminale en Communication visuelle :

Nos élèves rencontrent souvent des difficultés à s’exprimer par écrit. Cependant, dans la vie courante comme dans le milieu professionnel, c’est davantage l’oral qui les pénalise. En dehors des lacunes de savoir être qui sont propres à l’adolescence, la pauvreté du vocabulaire, une intonation et une articulation défaillantes ou tout simplement un niveau sonore inapproprié… sont des obstacles qu’ils contournent en général par des stratégies d’évitement ou des prises de parole réduites au strict minimum.

Par ailleurs, il n’est point de textes lus qui ne soient confrontés à la lecture à soi et à l’autre. Par la confrontation, la présence à l’autre, une prise de conscience et une prise en charge du sens textuel s’invite nécessairement à l’esprit du lecteur. C’est alors, par ce partage, que le sens et la beauté, mais aussi l’urgente actualité du texte, sont conviés à l’acte de lecture.

C’est pour tenter de palier cette situation et aller dans le sens d’un partage citoyen (qu’est-ce que commémorer, si ce n’est prendre ensemble conscience de ce qui fait lien au sein d’une communauté ?) que nous avons décidé en novembre 2014 de commémorer le centenaire de la Grande Guerre en menant un atelier banalisant les cours d’une classe de Terminale durant 4 jours autour de 3 enseignants, 2 en Arts appliqués et 1 en Lettres-Histoire. L’objectif était double :

-  réaliser un CD à partir d’enregistrements de lectures de courts extraits de romans traitant du conflit ;
-  recouvrir les fenêtres de la façade du lycée de compositions peintes sur du film plastique transparent afin d’obtenir un effet de vitrail visible de la rue en soirée durant la semaine des Portes Ouvertes de la mi-mars.

Afin de ne pas multiplier les difficultés, ces deux volets se nourrirent l’un l’autre, mais ils demeurèrent indépendants et ne firent pas l’objet d’une même mise en scène.

DONNER À VOIR LA MÉMOIRE

L’aspect visuel du projet fut l’occasion pour les élèves d’aborder les contraintes du grand format : 3 mètres sur 5 pour les baies vitrées, plus de 2 mètres de hauteur pour les autres fenêtres. Le changement d’échelle entre les maquettes et la réalisation sur les feuilles de rhodoïd impliquait de s’en tenir à des motifs visibles de loin donc assez schématisés, comme c’est le cas dans les grands affichages publics. Les études préparatoires ont été faites lors de visites au Musée de l’Armée des Invalides et au Musée de l’air du Bourget, mais c’est aux Archives départementales des Hauts-de-Seine, en étudiant des affiches d’époque, que les élèves ont pu apprendre à simplifier graphiquement les motifs militaires inhabituels pour eux. Le rapport à la taille est aussi un rapport à l’affichage, c’est-à-dire à ce que les jeunes peinent parfois à reconnaître, dans un premier temps comme positif (« s’afficher » c’est se donner à voir et à juger). Poser une affiche c’est aussi entrer dans l’espace public et dire à l’autre ce qui nous parait comme une évidence, une urgence. Par là aussi les jeunes s’emparent d’un espace rarement fait pour eux. Enfin, évoquer la mémoire de la Grande Guerre, c’est inscrire son être scolaire à un être citoyen, à un acte collectif. C’est trouver sa place dans ce continuum qu’est une communauté nationale ou locale.

LES MOTS POUR LE DIRE

Un corpus de textes a permis de dire. Les extraits choisis retraçaient la guerre, de la déclaration à l’armistice, en évoquant les souffrances des civils comme celles des combattants. Mais la littérature s’autorise avant tout à explorer les arcanes de nos âmes et de notre sensibilité. Lors des enregistrements, il s’agissait moins de théâtraliser les textes que d’en restituer l’émotion. Le recours à un ingénieur du son a permis, par ailleurs, aux élèves de prendre conscience de l’importance d’une diction claire, du respect de la ponctuation et de l’intonation, du lien entre émotion textuelle et transmission de cette émotion. Transmettre une émotion c’est faire montre d’une intelligence du texte. . Adeptes de l’écoute au casque, nos élèves saisissent parfaitement les imperfections de leur diction lorsque la qualité de l’enregistrement est, elle, irréprochable. D’une manière étonnante, c’est davantage l’écoute critique de leur travail qui a rendu possible la prise de conscience de la nécessité de soigner leur expression orale. La prise de contact avec un technicien du son disposant des compétences et du matériel pour réaliser l’enregistrement des élèves s’est faite en sollicitant les élèves du lycée jouant dans des groupes et préparant des maquettes en studio. La démarche a donc été très informelle, sans projet adressé à la DRAAC ou à la Région.

Pour écouter les productions des élèves :

Playlist

  • 01 Une goutte de fiel _ Vladimir Maïakovski Télécharger

    - MP3 - 596 ko

  • 02 Manifeste du futurisme_Filippo T. Marinetti Télécharger

    - MP3 - 344.3 ko

  • 03 le monde d’hier_Stefan Zweig Télécharger

    - MP3 - 1.1 Mo

  • 04 le bois qui pleure_Vicky Baum Télécharger

    - MP3 - 1.1 Mo

  • 05 le brave soldat Chvéik_Iaroslav Hasek Télécharger

    - MP3 - 2.3 Mo

  • 06 Petit Louis _ Eugène Dabit Télécharger

    - MP3 - 1.6 Mo

  • 07 la peur_Gabriel Chevalier Télécharger

    - MP3 - 2.9 Mo

  • 08 le grand troupeau_Jean Giono Télécharger

    - MP3 - 918 ko

  • 09 pétrole_Upton Sinclair Télécharger

    - MP3 - 1.4 Mo

  • 10 Johnny got his gun_Dalton Trumbo Télécharger

    - MP3 - 2.8 Mo

  • 11 le refuge les heures longues_Colette Télécharger

    - MP3 - 4.6 Mo

  • 12 le sang noir_ Louis Guilloux Télécharger

    - MP3 - 4.3 Mo

  • 13 Mars ou la guerre jugée_Alain Télécharger

    - MP3 - 1.6 Mo

  • 14 les hommes de bonne volonté_Jules Romain Télécharger

    - MP3 - 3 Mo

  • 15 la peur _ Gabriel Chevalier Télécharger

    - MP3 - 2.3 Mo

  • 16 les réprouvés_Ernst von Salomon Télécharger

    - MP3 - 3.4 Mo

DISTINGUER LE VOULU ET LE PERÇU

« Mais, c’est ce que je voulais dire ! ». Qu’il s’agisse de mots ou d’images, nos élèves veulent souvent croire que l’intention suffit à l’expression et que les codes visuels et linguistiques ne sont que des contraintes formelles. On ne peut les amener à mieux maîtriser ces moyens de communication qu’à partir du moment où ils prennent conscience du parasitage qu’opère sur leurs messages une diction ou un design pauvre ou défaillant.

Robert Sabatier écrit dans une tribune sur l’écriture : « écrire, c’est lire en soi pour écrire en l’autre ». On peut tout aussi bien penser que lire aux autres le texte d’un autre, c’est aussi écrire en soi et en l’autre, pour soi et pour l’autre…

Documents joints

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